Ingénieur commercial chez Medimex, Rémi Cheret connaît le simulateur Rehab Evolution sous tous ses angles. D’abord utilisateur en tant que cadre de rééducation, il accompagne aujourd’hui les centres médicaux dans leur équipement et leur formation.

Comment avez-vous découvert Develter Innovation et le simulateur Rehab Evolution ?

Avant de rejoindre Medimex qui distribue le Rehab Evolution en France, j’étais cadre de rééducation. C’est lors de cette expérience que j’ai découvert Develter Innovation. Mes équipes d’ergothérapeutes cherchaient un dispositif capable de simuler le parcours de soins autour de la reprise de la conduite automobile. À chaque fois que je recherchais une innovation pour répondre à mon cahier des charges, Develter Innovation était pratiquement la seule entreprise capable de répondre à nos besoins. C’était il y a cinq, six ou sept ans.

Avez-vous eu l'occasion de tester le simulateur ? Dans quel contexte ?

Avant d’être chez Medimex, je l’avais essayé avec mes équipes afin de m’immerger dans l’outil. C’était essentiel pour bien le comprendre.

Lorsque je suis entré chez Medimex, j’ai pu échanger avec Stéphane Develter. Il m’a notamment questionné pour mieux comprendre les demandes du terrain et voir comment il pouvait y répondre. Grâce à mon passif de rééducateur, j’ai pu lui remonter et décrypter les besoins pour qu’il puisse en tirer les éléments essentiels. J’ai la chance d’être proche des locaux de Develter à Voisins-le-Bretonneux et m’y rends régulièrement.

Ce qui m’anime, c’est la conviction que la technologie ne remplacera jamais l’humain, mais qu’elle peut booster les processus de rééducation et permettre de prendre de meilleures décisions.

Quelles ont été les principales évolutions du Rehab Evolution depuis ses débuts ?

Au départ, c’était un simple cockpit. Aujourd’hui, on a trois écrans, on est immergé à 180 degrés avec une vraie sensation de rentrer dans un véhicule. Le réalisme est maximal.

Le logiciel a également complètement changé. Aujourd’hui, le Rehab Evolution utilise un langage médicalisé qui s’est rapproché de la demande du terrain. Develter a su écouter les retours des neuropsychologues et ergothérapeutes et adapter l’interface. Le matériel aussi a évolué : on a maintenant du matériel de très haute qualité qui permet deux cents possibilités d’adaptation.

Develter a un vrai secteur R&D : Stéphane a mis les moyens pour faire ce qu’est le simulateur aujourd’hui.

Comment se positionne le Rehab Evolution par rapport aux autres solutions du marché ?

Develter a beaucoup de temps d’avance sur sa compétition. Le Rehab Evolution est un véritable simulateur de conduite, qui va bien au-delà d’un simple banc d’évaluation. Un banc d’évaluation va reproduire des évaluations avec un volant de console et un écran, mais on ne se plonge pas dans un environnement immersif, ce qui est le cas avec le Rehab Evolution.

Le Rehab Evolution va encore plus loin. Je prends l’exemple de l’intégration du Tobii pour l’analyse du champ visuel et des prises de décision. Cette intégration permet d’ouvrir le champ des neuropsychologues à l’utilisation du simulateur. On ne regarde plus seulement la conduite automobile, mais tous les processus attentionnels et décisionnels.

Quels sont les retours des patients et des professionnels qui utilisent le Rehab Evolution ?

Du côté des patients, souvent des personnes qui ont des troubles cognitifs ou cérébraux, le simulateur permet de les confronter à leur réalité en milieu confiné et de leur montrer concrètement s’ils représentent un danger. Ce qu’ils aiment, c’est qu’ils ont l’impression de conduire une vraie voiture. C’est interactif, il y a des données, ça donne du sens.

Pour les rééducateurs, l’avantage majeur, c’est qu’on peut à la fois faire du bilan et de la rééducation. On va pouvoir donner des chiffres et mettre du sens sur ces chiffres. Le Tobii va nous dire, par exemple : « Vous avez regardé dix-huit fois à gauche, mais à droite, zéro. » Le patient va nous dire : « Si, j’ai regardé ! » Mais les données sont là. On peut qualifier et quantifier tout ce qui se passe.

Le simulateur permet au médecin d’être factuel. Face au patient, il peut dire : « Voilà où on en est, jusqu’où on peut vous emmener. » On peut proposer un parcours complet : commencer dans le simulateur, et dès qu’on voit que le patient est apte, passer sur la route avec l’auto-école.

Dans quels contextes thérapeutiques le simulateur est-il principalement utilisé ?

Le Rehab Evolution ne fait pas que du bilan, il fait aussi de la rééducation. Je prends l’exemple de l’héminégligence à la suite d’un AVC. Le simulateur ne va pas soigner cette héminégligence : c’est le travail de l’orthophoniste, de l’ergothérapeute ou du kiné. Mais le simulateur montre concrètement au patient cette héminégligence et les dangers qui y sont associés. La beauté de ce simulateur, c’est qu’aujourd’hui le patient peut voir et juger sa propre conduite. Les comptes rendus argumentés et chiffrés sont souvent utilisés dans les démarches en préfecture pour la reprise du permis de conduire.

Le simulateur peut aussi être utilisé pour la rééducation par un psychologue. Après un accident traumatisant, le psychologue peut utiliser le simulateur pour confronter progressivement le patient à sa réalité dans un milieu confiné. Quand on rentre dans le Rehab Evolution, on a vraiment la sensation d’entrer dans une voiture avec les sièges Recaro, le vrai volant.

Il entre également dans un processus d’outil de recherche clinique. Dans la médecine physique et de réadaptation, on aime « l’evidence-based practice », les preuves par le terrain. Aujourd’hui, on a besoin d’expérimenter l’outil pour en sortir des données. Il faut créer une communauté d’utilisateurs qui permettra d’utiliser l’outil encore mieux. On a plus de cent vingt dispositifs en France, l’objectif est que ce simulateur devienne un gold standard, comme l’isocinétisme ou l’analyse du mouvement : un outil de référence incontournable.

Quelles sont les évolutions futures que vous envisagez pour le simulateur ?

Ce que j’aimerais – et on l’a déjà remonté à Stéphane – c’est qu’on puisse corréler et cartographier les aires corticales ou cérébrales qui sont sollicitées lors de la conduite. Ça permettrait d’avoir des évaluations encore plus fines et d’étudier encore plus de pathologies.

Beaucoup de chercheurs en neuroscience s’intéressent déjà sur ce sujet. C’est le cas du groupe hospitalier de la Salpêtrière à Paris, où des travaux sont en cours autour pour lier cartographie cérébrale et conduite, à l’aide de simulateurs.